Clichés

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Ô destins courroucés, sombres humeurs, working-people tout dépressif et cerné, t’en souviens-tu de tes congés ?

Nous n’avons été que des touristes, des barbecues, des paellas, des hectolitres de bières, sodas et crèmes solaires, des planches de surf bon marché, des matelas crocodiles à gonfler, des valises…

De ces instants, seules témoignent désormais les photos délavées. Combien sont passés ? Dix ans déjà ? On dirait bien que les rides ont gagné la bataille. Sous le vernis, craquent les sourires, nos peaux si belles au soleil ont blanchit. Et sont-ils à toi tous ces kilos en trop ?

Ah, que de bons moments ! Te souviens-tu des embouteillages, du mauvais temps, des villas pourries, des gastros, des moules tièdes et des glaces fondues ? Te souviens-tu de la danse des tongs, de la boîte de nuit rétro, de son DJ à qui personne n’a jamais osé avouer que Claude François est mort et enterré depuis presque quatre décennies ? Et la mode mon ami… Ce que tu as pu être ridicule dans ce maillot ! Ah non pas moi, regarde comme j’ai su rester classe en toutes circonstances, j’ai glissé sur la mode comme un pet sur le verglas, moi !

Oui je sais, il nous reste un petit goût amer d’évasion, au budget contrôlé, calculé, dépassé. Il nous reste des souvenirs pour les marmots, qui à leur tour rejoueront la scène des vacances, mettront des filtres vintages sur leurs photos… Il nous reste l’odeur des sardines incrustée, celle du moisi lorsque la tente se déplie. Il nous reste du sable dans un bocal sur l’étagère, il nous reste des clichés.

Mais curieusement, surtout ce qu’il nous reste tous les ans, c’est cette envie. Comme un appel, une opiniâtreté à vouloir croire que tout sera nouveau, différent. Comme un steak sauce poivre revisité, une saucisse chipolatas sur le grill, nous avons tous dans nos veines 900 km de bitumes ou de rails à parcourir et 35 degrés pour cramer sous les UVA, les UVB. Nous avons tous un coin de vacances que l’on nomme « le paradis », « ker repos » ou que sais-je encore… Nous avons tous en nous cet ardent désir de repartir !

Julien Weber