Etre

Par Julien Weber

Petit vaisseau perdu dans l’immensité noire, carlingue tremblante, 2 mm d’épaisseur et puis plus rien. Du silence. De l’espace. Du vide. Plus rien. J’avance les yeux fermés, à la seule force de mes espoirs, dans l’ombre de mes peurs et de mes hontes, guidé de convictions, de croyances. Je me sens si fragile, j’ose à peine respirer, j’ose à peine crier. Je sais qu’ici les échos se perdent, qu’ils n’atteignent jamais…

34 ans passés, qu’est ce que vaut ma vie, au milieu de 14 milliards d’années ? Je suis un enfant au milieu de l’univers qui m’a enfanté. Je suis un enfant de 34 ans, un enfant de 4 ans, je suis un enfant. Perdu dans la cours des grands. Je regarde jouer les autres particules, nous autres, assemblages de molécules, rien ne se perd, rien ne se crée, tout est recyclé.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout est recyclé ?

Cette idée m’aide soudain à avancer. Je serais donc fait d’un tas d’atomes, vieux de plus de 14 milliards d’années ?

Ma carlingue cesse enfin de trembler. L’orage passé, je peux me laisser flotter. Que ressent-on lorsqu’on est délivré des peurs, des angoisses, de l’agressivité, des moqueries, de l’incertitude, du poids des regards, de la pitié, de l’incompréhension, de la bêtise, de la cruauté, du bruit ?

On ressent de la tendresse.

J’ouvre les yeux et me voici sur la terre qui m’a bercée, avec 7 milliards d’humains, avides d’amour et de rêves, tous prêts à s’entraider. 7 milliards d’âmes portées par leurs espoirs, par l’envie de s’améliorer, l’envie d’être ensemble, de communier, de comprendre, de célébrer.

Amis, je suis des vôtres. Je n’ai plus peur. Tout ce que je fus pendant 14 milliards d’années, tout ce que je suis avec vous, dans cette vie : mes beaux moments, mes instants de courages, mes éclats de gloire, mes élans d’amour, ce que j’ai construit, ce que j’ai créé, ce dont je suis fier, ceux qui me lèvent le matin, ma poésie, mon originalité, mes maladresses, ma singularité. Tout mon être et ma nudité d’humain… Je vous les livre ici et l’embarque partout avec moi.

Ma carlingue, c’est tout ça, et tellement d’autres choses encore ! Et je vis au milieu de vos carlingues, je sais qu’elles sont tout aussi fragiles, c’est pour cela que j’ai à cœur de ne pas vous cogner. Alors évitez, si possible, de me cabosser.

On est quelques milliards à vivre sans haine, ça suffit pour lâcher prise, je crois. Je ne suis pas un vaisseau spatial perdu dans l’immensité. Je ne suis pas livré à moi-même. Je ne suis plus un enfant de 4 ans.

J’ai 34 ans. Je suis un homme.