Extrait du Tome 2 de J’appartiens au vent

Ce fut d’abord une ligne bleu foncée qui transperça la noirceur, s‘étalant au-dessus d‘une chaîne de montagne que l‘on devinait au loin. Au fur et à mesure de sa progression, le trait pris des allures de dégradé plus clair, annonçant l’imminence d’un changement et le ciel s’imprégna d’un camaïeu de mauves et d’ocres, révélant à la terre toute la splendeur des premières lueurs du jour naissant. Les nuages, tels des sujets fidèles, s’écartèrent devant l’ascension de leur roi soleil, qui dans sa course au firmament inonda toute la plaine d’une douce lumière orangée.

– Tu vois mon fils, c’est comme au premier matin du monde. Le soleil se lève et les choses deviennent.
Le petit garçon resta bouche bée, sans comprendre.
– Les arbres, le ciel, l’eau qui ruisselle, les chevaux, les vaches, regarde toute cette vie autour du toi ! Comme elle belle, paisible !
Barthelo regarda s’en aller les derniers moments d’obscurité avant de s‘emporter.
– Ah ! Que les hommes aillent brûler dans la tourmente des flammes du diable, tout ça sera encore là lorsque nous ne serons plus que des petits tas d’os ! Tu verras !
Ne comprenant pas la colère subite et irraisonnée de son père, Giaco eut un mouvement de recul.

– Tu te demandes pourquoi je te dis ça, pas vrai ?
– Un peu, papa.
– Hé bien regarde notre campement tout en bas, là où habite la famille. Vois toutes ces vies faîtes de sang, de sueur et de bois.

Le garçon baissa lentement les yeux, d’abord vers ses pieds, puis vers les rochers, vers le vide et réussi enfin à regarder enfin les caravanes disposées en cercle au beau milieu de la vallée. Il devina des silhouettes, à peine plus grandes que des fourmis, qui se réveillaient doucement, ne se souciant guère des considérations philosophiques d’un vieux fou assis en haut d’une falaise. Barthelo reprit.

– Tous ces gestes que nous répétons chaque jour, comme aller chercher de l’eau ou du bois, s’occuper des bêtes, cueillir des plantes et des baies, allumer le feu, l’entretenir, travailler le fer, rempailler les chaises, les paniers, jouer nos airs de musique… Ce sont nos parents qui nous l‘ont appris. Et eux même l‘avaient appris de leurs parents !
Écoutant son père à demi-mots, Giaco semblait plus intéressé par un des reflets du soleil rosé qui tapait sur le carreau d’une caravane, Il avait l‘impression que quelqu’un voulait leur envoyer des signaux.

– Respecte ses gestes Giaco ! Ils te rapprochent de tes ancêtres. Apprends-les à tes enfants, quand tu en auras. Enseigne leur les traditions de ton peuple, c’est-ce qui me rendra fier. Tu comprends ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *