Femme de marin

Femme de marin
Réalisé dans le cadre de mon séjour à la résidence du Créac’h – Ouessant  •
15 – 30 septembre 2013

Elle le regardait… encore et encore. Elle le fixait de ses yeux, de son corps, de son âme. Elle ne pouvait pas détourner son regard si bien qu’elle ne le voyait même plus. Elle attendait, tentant de ne pas succomber à ce flot de pensées aussi noires qu’une nuit sans lune. Elle ne savait plus réfléchir, elle ne pouvait plus réfléchir. La seule image qui lui restait encore en tête était celle de son départ. Elle l’avait enlacé… fort, très fort, comme à chaque fois. Malgré l’odeur du poisson et du carburant, elle respirait toujours une dernière fois son parfum. Jusqu’à la dernière minute elle lui répétait : « je t’aime, sois prudent, la météo n’est pas bonne… ». Jusqu’à la dernière seconde, elle lui tenait la main, puis le petit doigt… puis le vide.

Puis elle le regardait partir réprouvant ce magnifique lever de soleil, ironique, qui se reflétait sur les carénages des bateaux de pêche, tintant de rose ce port dont elle ne connaissait que l’embarcadère.

Ce soir, maintenant, elle était là, seule, dans la maison vide.
« Maudite vertu ! » se disait-elle… « Maudite vertu que d’être ce que je suis… femme de marin… attendre, toujours attendre ! » Elle se rongeait les ongles à ne plus sentir ses doigts.

Et cet horrible téléphone qui ne sonnait toujours pas, et ces nouvelles qui n’arrivaient pas ! Elle passa sa main devant ses yeux ; elle était prête à fondre en larme… lorsque la porte s’ouvrit.

C’était lui, il était là, abattu, faible, avec dans les yeux un mélange de soulagement et d’effroi. Elle se précipita vers lui et se jeta dans ses bras. « Je ne veux plus que tu partes, je ne veux plus… ».

Lui, il passa la main dans ses cheveux, la serra fort contre lui en lui répétant à l’oreille : « Je sais… »

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