La part de l’ange

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De ma fenêtre j’ai vu un ange tomber,
Un soir où la fête ne cessait de battre,
Parmi les lumières ses larmes scintillaient,
Et répandaient sur la piste une poussière d’albâtre.

Impassible, la foule sauvage dansait.
Leurs pas suivaient le rythme, son rimmel à elle coulait,
Sous leur flot de sueur, détrempaient ses ailes,
A genoux dans sa détresse, ainsi se noyait Mademoiselle.

J’ai quitté ma fenêtre comme on quitte sa terre,
Me suis frayé un chemin, païen parmi les confessés,
Lui ai tendu ma main pour l’aider à se soustraire,
Du sol et de toute la misère qui lui riait au nez.

Pourquoi pleures tu lui ai-je demandé ?

Je pleure parce qu’un homme m’a laissé tomber,
Je pleure parce que du ciel il a regardé ma chute,
Je pleure parce qu’ils rient de me voir ainsi humiliée,
Je pleure ma fleur fanée pour lui, en une prière l’absoute.

Sur la platine jouait un air de Gainsbourg,
« Sorry Angel, sorry so lui ai-je dis mais tu sais,
En un mot, comme en amour,
Les gens ont peu d’égard pour les écorchés.

Oublie-les et crois-moi,
Quand je te dis que ce n’est la part de l’ange que j’aime en toi,
Mais bien la beauté de ton humanité, la fragilité de ton éclat.»

Ce soir-là j’ai raccommodé les ailes de l’ange,
A l’air libre l’ai guidé pas à pas…
Pour la première fois, je l’ai vu s’envoler, je crois.

 

J.W

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