Utopies quantiques

By Julien Weber

Ma mémoire est une singularité. Au-delà de l’horizon, mes plus vieux souvenirs s’effondrent, dans le noir absolu, dans le vide. Le temps les absorbe, les condense, les comprime dans des espaces que j’imagine sans fin mais encore pire : sans début.

Car je ne sais pas où se situe le début de mes souvenirs. Je ne me souviens de rien. Aucune bribe de ma naissance. Aucune mémoire du big bang qui m’a engendré. Qui d’ailleurs, bien avant son premier cri, son premier pas, sa première dent, se souvient de l’instant où il a commencé à être ?

Je sais que je suis né, car on me l’a dit. Je jauge mon existence par rapport à la frise du temps. Mais sans cette information. Sans chronologie de l’Homme, où se trouve mon début ? Ma conscience me donne la désagréable impression d’exister depuis toujours.

J’ai peur du temps qui passe, de la mort, comme tout un chacun, mais j’ai encore plus peur du temps qui ne passe pas. Je me sens seul au milieu de tant d’univers définis, à dériver sur le radeau de mes utopies quantiques, à tirer les cordes de mes théories sur un océan de données inconciliables. Je navigue à vue sur le flot de mes équations. Je cherche. Je cherche. Je cherche.

Je cherche une réponse, comme un port d’attache qui, je le crains, n’existe pas.

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