Mon oiseau

BIRDS

Mon oiseau est parti, un soir sans prévenir. Il a trouvé le verrou de sa cage, tourné trois fois son petit bec à l’intérieur de la serrure, puis la porte s’est ouverte et il s’est enfui.

Mon oiseau a déplié ses ailes ce jour là, vraiment, pour la première fois. Lui, qui virevoltait de la grille à la barre, puis de la barre à l’abreuvoir, il a goutté au ciel. Il est allé se percher en haut d’un arbre, tout en haut, le plus haut sur sa cime. Il est allé se percher sur un immeuble, tout en haut, le plus haut sur la dernière fenêtre. Il a volé en direction de la tour Eiffel et il a dit « même pas peur, rien n’est très haut pour moi » puis il est allé se poser, tout en haut, le plus haut sur le pic de son antenne.

Satisfait, mon oiseau a regardé encore plus loin l’horizon. Vers l’ouest et son vent de liberté, il a aperçu le petit doigt de la fameuse statue vert de gris. « Sacré Gustave » a-t-il crié avant de s’envoler. Mon oiseau a traversé l’Atlantique, les tempêtes et les milles nautiques, il est arrivé là, sur le continent tant espéré, il a fleurté avec les nuages sur le toit des building, prêt lui aussi, à piquer le cul du ciel.

Mon oiseau ne s’est pas arrêté en si belle route. « Si le monde est sous mon aile, je suis assez têtu pour le visiter tout entier » a t-il chuchoté avant de s’envoler loin vers le sud.

Mon oiseau a tout vu, mon oiseau a tout fait. Partout où il le pouvait, il est allé, il a parlé les langues du monde entier, appris à danser, chanter. Il a trouvé intéressante chaque expérience et chaque personnes que le destin s’était amusé à placer sur sa volée, les bonnes comme les mauvaises.

Mon oiseau est revenu un soir, vieux et fatigué, il avait du plomb dans l’aile tant il avait voyagé. Pour lui, mille vies s’étaient écoulées, il était sage, avisé. En route, il avait perdu des être chers, a ses dépends avait connu maladies, peines, échecs, douleurs, il avait aussi appris à écouter les cœurs. Il avait appris à aimer. Avant de mourir d’épuisement, il me raconta ses aventures dans le moindre détail, la moindre interstice.

Il me répéta que de deux routes, je devais toujours choisir la plus inspirée, la plus spontanée. Il me dit de ne pas me soucier du temps qui passe, de l’endroit où aller, ou à tout prix vouloir être le premier. « On est pas sur terre pour briller, le soleil, seul et loin, a cette destinée » me confia-t-il en sirotant son dernier rhum dans l’abreuvoir.

« Rien en toi ne te destine à devenir meilleur que ton voisin, rien en toi ne te pousse non plus à devenir moins bien… Tu sais la vie ça passe comme un souffle et puis plus rien, finalement on est pas là pour se faire engueuler ! Il y aura toujours quelque chose ou quelqu’un pour souffler dans ta voile le jour où tu seras paumé dans ton coin. Garde ton sourire comme ta plus précieuse fortune. Essaye d’aimer ce que tu fais, fais-le et surtout n’aies pas peur de tomber, de retomber, et de retomber encore et encore. Si tu n’arrives pas seul à te relever, tends la main, demande de l’aide, sans honte, ni remords. Rien n’est plus jouissif que de vivre avec ceux qui t’entourent, sans te faire mener par le bout du nez par l’orgueil de réussir seul ».

Mon oiseau a poussé son dernier cri puis dans mes mains s’est éteint. Je l’ai porté tout contre moi, comme le reflet le plus beau, le plus doré de mon être, je l’ai laissé tout contre la peau de mon ventre jusqu’à le voir disparaître.

Mon oiseau est toujours à mes côté, il vit en moi, dans mes pensées. Et chaque jour sous son aile, avec les autres humains, j’apprends à marcher.

Dédicacé à Jules, mon fils.
J.W.